Silence(s)

Photographies et installations sonores par Lisa Gervassi et Tana Barbier

Expo Tana Barbier Lisa Gervassi

       Chaque discipline questionne le silence, l'aborde depuis sa singularité. Lieu du vide, moment suspendu qu'on remplit de soi, sensations exacerbées qui deviennent une pensée, comment interroger le silence sans le rompre.

La réflexion qui a donné naissance à cette proposition artistique s' articule autour du recueil du poète Thibault Marthouret, Qu'en moi Tokyo s 'anonyme, dont les textes explorent le silence à différentes échelles et dans différents espaces : l'intime, la page, la cité, la toile, la marge.

 

En complément de cette approche langagière du silence s'est imposée l'idée de l'aborder au travers de sa perception. Le silence est alors proposé comme un espace multisensoriel, complexe, dans lequel se déploient diverses variations de l'expérience subjective.

Tour à tour calme et tumultueux, inquiétant et apaisant, cet espace se construit au fur et à mesure d'un cheminement mêlant souvenirs, désirs, peurs, pensées et sensations.

Lieu de l'intimité, creuset de la parole, quand le silence manque, nous l'observons. A travers leur sélection et mise en scène, les photographies interrogent l'étendue qui existe entre deux pôles de l'espace silencieux: le silence comme lieu de subjectivité et comme expérience par le sujet de sa propre mortalité.

 

Grâce à un jeu d'échelles, elles construisent, d'un côté, les possibilités d'une rencontre subjective et émotionnelle entre le spectateur et l' œuvre et, de l'autre, un terrain déserté de toute présence humaine, un lieu où l'absence peut se déployer.
L'image devient alors vecteur d'énergie, de sentiment et le spectateur n'est plus versé dans la représentation du silence mais dans son expérience sensible.

Ces images racontent un rapport au monde empreint d'émerveillement, de sensualité, de mystère.
 

Quant au son, il évoque, raconte et se contredit. Chacune des Boîtes à souvenirs permet de faire l'expérience d'un temps fragmentaire et stratifié, dans lequel la possibilité de l'avenir dialogue avec un passé redécouvert. La remémoration mantrique de l'instant, par le recours à la répétition, induit une constante variation de notre interprétation.


Lieu de subjectivité totale, d'intimité et de recueillement, le souvenir émerge du silence puis y replonge. Son et silence se définissent alors comme condition l'un de l'autre. Puis lorsqu'on oublie sa présence, tel une lumière intime et changeante, le son accompagne le visiteur dans son explora­tion.